Le moulin de Fourneau


Il tenait le moulin de son père, elle tenait la boucherie-charcuterie du village. Quand ils se sont mariés, ils se sont installés dans la petite maison à coté du moulin, et ont tout modernisé.

Les vieux roudets ont cédé la place à une turbine Ossberger,

qu'ils étaient allés chercher dans les Charentes, si pratique avec ses deux compartiments, qui permettent selon le débit utilisable, de n'ouvrir que un tiers, deux tiers ou la totalité de la turbine. Une petite porcherie, au bord du ruisseau, complétait l'approvisionnement de la charcuterie.

Ils avaient même fait leur électricité, avec un moteur asynchrone tout simplement.


Cela fait déjà un bail qu'ils ont pris leur retraite. Le moulin a fermé en 1980, et la porcherie a disparu, au grand regret des pécheurs du coin : « Ah, du temps de la porcherie, on prenait de belles truites, quand-est-ce que tu la ré ouvres? ». C'est vrai qu'à l'époque, quand on vidangeait l'étang,

on récoltait une bonne trentaine de grosses truites, et maintenant, aucune.

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Mais si le moulin ne vend plus de farine, il est toujours impeccable et en état, à part quelques toiles à changer. De temps en temps, un peu par nostalgie, un peu pour donner de la farine aux bêtes, et peut-être parfois pour montrer aux petits-enfants, ils viennent faire tourner le moulin. Et même lorsque un jour un objet incongru s'est introduit dans la turbine, ils ont fait réparer les pales cassées.


Il y a peu de temps, ils se sont dit qu'il était dommage de laisser ainsi le moulin inactif, et que si on pouvait « vendre du courant » à EDF, ce serait une bonne façon de lui redonner vie. Ils en ont parlé avec Daniel, qui est venu voir et mesurer: avec les 4,70 mètres de chute, ils devraient avoir une vingtaine de chevaux et pourraient peut-être gagner plus de dix mille (vieux) francs par an. Comme le moulin figure sur le carte de Cassini, il est fondé en titre et il ne devrait pas y avoir de problème pour obtenir les autorisations nécessaires et l'accord d'EDF.


Au district EDF de Chateauneuf, le chef de district leur a dit qu'il fallait obtenir de la DRIRE un papier d'autorisation de produire, et muni de ce papier voir la direction EDF du Puy en Velay.

A la DRIRE à Limoges, un monsieur charmant a dit qu'il fallait d'abord passer par la DDE ou la DDA, plutôt la DDA parce la rivière est petite.


A la DDA, on leur a dit qu'il fallait envoyer une demande à la préfecture, accompagnée d'un plan de situation, d'une copie de la carte de Cassini montrant l'étang et le moulin, et de documents prouvant la puissance de la prise d'eau et le nombre de meules ayant jadis fonctionné. On pouvait trouver ces documents aux archives départementales.


Aux archives, on est bien accueilli, et une fois les formalités d'inscription effectuées, on peut aller s'asseoir à une table numérotée et remplir des fiches de demandes de documents. Bien sur, il faut d'abord consulter les gros registres, en espérant y trouver des papiers parlant de moulins, et de préférence, de celui qui nous intéresse.

Regardez dans la série « S », a dit l'archiviste...

Ils ont rempli des fiches, que les employés des archives emportaient, rapportant les trois premiers ouvrages demandés, puis les trois suivants lorsque les premiers étaient rendus.


Ils ont passé plusieurs jours aux archives, en trouvant des choses intéressantes mais rien qui permette de monter leur dossier, jusqu'au moment ou un voisin de table attentif leur a montré que le moulin de Fourneau est à-cheval sur trois communes, et qu'ils cherchaient peut-être sur une fausse piste.


Ils ne sont pas découragés, et vont continuer leurs recherches. Peut-être aurons nous de leurs nouvelles bientôt. En tous cas, nous leur souhaitons bonne chance et bon courage. Ils n'en manquent pas.

H.D.

Avec l'aimable autorisation de M. et Mme Regaudie