Jean Puydebois avait eu le coup de foudre pour ce joli moulin sur l'Auvézère, dans le site magnifique de Ségur le Château. Le propriétaire n'avait pas envie de vendre, mais trois mois plus tard il Jean sut trouver les arguments. Il prit possession des lieux en 1972.
La maison était en mauvais état, mais devint rapidement une jolie résidence.
Jean avait bien tenté, il y a une vingtaine d'années, de se renseigner sur les possibilités de produire du courant, mais même ses amis électriciens estimaient que ça n'était pas rentable si on ne produisait pas au moins quelques mégawatts... Le temps passa, Jean avait suffisamment d'activité avec son entreprise de charpente. Une rencontre fortuite avec un propriétaire de microcentrale vint réveiller un vieux rêve .
A la Direction Départementale de l'Agriculture, on lui avait suggéré: « Si vous êtes fondé en titre, vous pouvez produire votre courant sans problème et sans demander d'autorisation. »
Il ne connaissait rien ni aux turbines ni à l'électricité, et ne trouvait aucun interlocuteur capable de lui expliquer quoi et comment faire. C'est dans les bibliothèques qu'il fit son apprentissage des techniques de l'hydro-électricité.
Il avait aussi discuté avec EDF Tulle, et obtenu un devis pour le raccordement de la future installation. Mais il fallait l'accord de la DDA.
A la DDA, on demande les justificatifs du droit fondé en titre. Un premier dossier est refusé, car il ne précise pas la puissance jadis utilisée.
Aux Archives de Tulle, Jean reçoit un très bon accueil et on lui mâche le travail. Il trouve la carte de Cassini, les relevés fiscaux: Le moulin avait « 2 meules, une à seigle et une à froment, plus une meule à huile, 27 perches et un tournemule ». Mais comment convertir cela en kilowatts? Un meunier qui avait encore des meules en pierre lui explique: compter 7 CV pour une meule à farine, et 5 pour une meule à huile, ....
Jean fait ses calculs, aboutit à une puissance de 93 kw, refait son dossier qui cette fois est accepté par la DDA
Il fallait aussi trouver une turbine. Il cherche pendant des mois, on lui propose une turbine neuve à 750 000 F, une autre d'occasion vers Cahors, mais qu'on ne peut retirer qu'en asséchant le Lot. Enfin il trouve un ensemble turbine-génératrice aux caractéristiques proches de celles de la chute d'eau, à un prix raisonnable.
Mais toutes ces démarches ont pris du temps, et le devis d'EDF est périmé.
On lui dit que maintenant le dossier doit passer par EDF Tours, et qu'il fallait produire en Moyenne Tension, donc construire un poste de transformation coûtant au bas mot quelques 250 000 F. Renseignements pris, on pouvait éviter ce coût imprévu si la puissance apparente délivrée ne dépassait pas 100 kw.
Jean refait le dossier en prévoyant une puissance de 75 kw. Mais EDF Tours demande à Jean un plan de l'ensemble du réseau EDF du secteur. Il le trouvera auprès d'une entreprise de travaux électriques. Tours confiera alors à EDF Dijon une étude, et après résultat enverra EDF Tulle voir sur place.
Jean n'est aucunement découragé, et a entamé les travaux.
Muni des autorisations nécessaires, il a fait rectifier la digue, érigé un batardeau dans le lit de l'Auvézère pour mettre à sec le canal du moulin, installé les grilles, aménagé l'emplacement de la turbine dans l'ancien canal de fuite, commencé à couler les infrastructures, calculé, fabriqué en polystyrène le moule du diffuseur qu'il a mis en place deux fois (la première fois, une crue subite a tout soulevé, il a fallu recommencer).
Il reste encore bien du travail, et les alentours du moulin sont jonchés de ferrailles, de passerelles pour brouettes et d'échelles. Les chauffeurs des camions de béton vont encore se faire des frayeurs en descendant le chemin d'accès si raide, mais quand le contrat EDF sera signé et que la turbine produira, quel plaisir de voir la vie revenir dans ce moulin, sans parler des recettes qui feront vite oublier la sueur et les tribulations.
H.D.
Avec l'aimable autorisation de M. Jean Puydebois

batardeau

couronne

grille
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pont